Acide Citrique

    

L’acide citrique, acide tricarboxylique présent en abondance dans le citron, est un acide faible qui joue un rôle important en biochimie comme métabolite du cycle de Krebs, une voie métabolique majeure chez tous les organismes aérobies.

Plus d’un million de tonnes d’acide citrique sont produites industriellement chaque année et il est largement utilisé comme exhausteur de goût, comme régulateur alimentaire de pH et comme chélateur.

Propriétés

L’acide citrique a été isolé pour la première fois en 1784 par le chimiste suédois Carl Wilhelm Scheele à partir de jus de citron, est également soluble dans l’éthanol anhydre à raison de 76 parties d’acide citrique pour 100 parties d’éthanol à 15 °C et se décompose au-dessus de 175 °C en libérant du dioxyde de carbone CO2, de l’eau H2O et les acides aconitique, citraconique et itaconique.

Son oxydation avec des oxydants tels que des peroxydes, des hypochlorites, des persulfates, des permanganates, des periodates, des chromates, le dioxyde de manganèse et l’acide nitrique, produit de l’acide acétonedicarboxylique, de l’acide oxalique, du dioxyde de carbone et de l’eau.

Le pH des jus de fruits tels que les jus d’orange et les jus de citron dépendent de la concentration en acide citrique : le pH diminue lorsque la concentration en acide augmente, et augmente lorsque la concentration en acide diminue.

Les sels d’acide citrique peuvent être préparés en ajustant avec précision le pH avant cristallisation du composé, comme c’est par exemple le cas du citrate de sodium.

Abondance naturelle et production industrielle

L’acide citrique est présent dans une grande variété de fruits et de légumes, notamment dans les agrumes et sa concentration en acide citrique dans le citron et la lime ( citron vert ) est particulièrement élevée, et peut atteindre 8 % de la masse sèche de ces fruits.

La production industrielle de l’acide citrique a commencé en Italie dans les années 1890, le jus de fruits y était traité avec de la chaux éteinte afin de précipiter le citrate de calcium puis ce dernier était traité à l’aide d’une solution diluée d’acide sulfurique pour redonner l’acide citrique et en 1917, le chimiste américain James Currie découvrit que certaines souches d’aspergille noire pouvaient produire efficacement l’acide citrique, et la firme pharmaceutique Pfizer commença la production industrielle en utilisant cette méthode deux années plus tard, suivie par la société Citrique Belge en 1929.

Dans ce mode de production, qui demeure encore aujourd’hui la principale voie de production industrielle de l’acide citrique, les moisissures sont cultivées sur un substrat contenant du saccharose ou du glucose, la source de glucides est généralement un sous-produit de l’industrie agroalimentaire riche en sucres, la moisissure est ensuite filtrée de la solution produite, et l’acide citrique est isolé de la même façon qu’à partir du jus de citron : par précipitation avec de l’hydroxyde de calcium sous forme de citrate de calcium, qui redonne l’acide citrique par traitement sous acide sulfurique dilué.

La production mondiale d’acide citrique s’élevait en 2007 à environ 1 600 000 t19, plus de 50 % de ce volume était produit en Chine, et plus de 50 % était utilisé comme régulateur de pH pour les boissons, 20 % pour d’autres applications alimentaires, 20 % dans les détergents et 10 % pour des applications diverses telles que dans les cosmétiques, la pharmacie et l’industrie chimique.

Biochimie

Cycle de Krebs

L’acide citrique est un métabolite du cycle de Krebs, appelé « cycle de l’acide citrique » en anglais et dans les langues germaniques et est produit à la première étape du cycle par condensation du résidu acétyle pour former du citrate en libérant la coenzyme A sous l’action de la citrate synthase :

Le citrate est ensuite progressivement dégradé par le cycle pour redonner de l’oxaloacétate en libérant deux molécules de C02 et en réduisant une coenzyme qui sont ensuite oxydées par la chaîne respiratoire pour produire de l’ATP par phosphorylation oxydative.

Certaines bactéries, sont capables de produire et de consommer l’acide citrique dans le cadre du cycle de Krebs mais sont incapables de s’en nourrir car elles sont dépourvues de la machinerie enzymatique nécessaire pour l’absorber dans la cellule et l’acquisition par ces bactéries de la capacité de se nourrir du citrate a été étudiée expérimentalement en les plaçant dans un milieu de culture contenant du citrate en abondance mais peu d’autres nutriments.

Autres rôles biochimiques

Le citrate peut être transporté hors des mitochondries jusque dans le cytosol pour y être dégradé afin de permettre la biosynthèse des acides gras et il agit comme effecteur allostérique de l’acétyl-CoA carboxylase, qui est l’enzyme régulatrice de la conversion de l’acétyl-CoA en malonyl-CoA, étape d’engagement de la biosynthèse des acides gras.

Un taux de citrate élevé dans le cytosol peut inhiber la phosphofructokinase-1, enzyme régulatrice clé de la glycolyse, ceci permet d’éviter la surproduction de métabolites lorsque la charge énergétique de la cellule est déjà élevée et le citrate agit de plus en potentialisant l’effet inhibiteur de concentrations élevées d’ATP qui est par ailleurs un constituant crucial des os, où il contribue à réguler la taille des nano-cristaux d’apatite.

Utilisations

Alimentation

L’acide citrique est un additif alimentaire préparé industriellement par fermentation fongique et utilisé dans l’industrie alimentaire comme acidifiant, correcteur d’acidité, agent de levuration, dans la composition d’arôme et peut être utilisé dans les boissons gazeuses sous forme de citrate de magnésium mais depuis les années 1970, une fausse information circule et réapparaît périodiquement malgré les démentis : un tract faussement attribué à l’institut Gustave Roussy accuse à tort l’additif acide citrique ( E330 ) d’être dangereux et cancérigène.

Médecine

  • Produits cosmétiques et pharmaceutiques.
  • Le citrate se lie au calcium sanguin, ce dernier étant nécessaire, entre autres, à la coagulation sanguine, ceci est à l’origine de ses propriétés anticoagulantes, employées en laboratoire et pour la conservation des produits sanguins.
  • Le citrate est utilisé en épuration extra-rénale continue en tant qu’anticoagulant régional dans le circuit d’épuration et surtout le filtre, cette propriété est basée sur la chélation du calcium ionisé et rend nécessaire d’administrer du calcium en supplément.
  • Le citrate est aussi utilisé sous forme de citrate de potassium ou de sodium pour l’alcalinisation des urines et la prévention des calculs urinaires, en particulier en cas d’ hypocitraturie où leur utilisation réduit le risque de récidive de lithiases calciques en inhibant la croissance des calculs d’oxalate de calcium et de phosphate de calcium, toutefois, du fait de ses effets secondaires, ce traitement n’est que peu toléré sur le long terme et on lui préfère souvent l’absorption de deux verres de jus d’orange par jour.

Autres

  • réduction de la rouille 
  • en maçonnerie, en additif au ciment prompt quand on a besoin de ralentir la prise de celui-ci, en particulier par journée chaude où la prise peut être pratiquement instantanée
  • fabrication de pâte à modeler artisanale 
  • fongicide, bactéricide, anti-algues
  • complexant du fer dans les vins pour retarder la casse ferrique 
  • nettoyant pour détartrer les cafetières 
  • utilisation comme bain d’arrêt en photographie argentique 
  • pour diluer l’héroïne  
  • Citrates organiques : plastifiants sûrs, à profil de toxicité favorable, pour les matières plastiques 
  • nettoyant pour circuits de refroidissement en mécanique automobile.

Propriétés physico-chimiques

Solubilité dans l’eau :

Histoire et production

  • L’acide citrique a été isolé du jus de citron pour la première fois en 1784, par le chimiste suédois Carl Scheele (1742, 1786).
  • En 1869, en Angleterre, un médecin a obtenu, sous forme cristalline, de l’acide citrique en mélangeant du jus de citron saturé avec de l’eau de chaux, que l’on décompose par de l’acide sulfurique, on obtient de l’acide citrique, l’intermédiaire de cette réaction est le citrate de calcium.
  • Dès 1893, Wehmer a eu l’idée que des champignons filamenteux contenaient de l’acide citrique.
  • En 1916, en Belgique, Alphonse Cappuyns, étudiant à Louvain, commença à étudier la production d’acide citrique par voie biologique, d’abord en cultivant des Citromyces ( maintenant Penicillium ) sur du sucre raffiné, ensuite avec des  » Aspergillus Niger-schimmel « .
  • en 1923 le citrate a été isolé d’une culture fongique fermentée, cette méthode effectuée en laboratoire à petite échelle a été élargie pour soutenir la demande d’acide citrique où il est maintenant produit dans de larges réservoirs rotatifs, on le prépare donc par fermentation d’une solution sucrée, telle la mélasse.
  • en 1929, la production industrielle, économique, par voie biologique, devint possible et une société belgo-italienne,  » La Citrique Belge « , fut fondée.

Commerce

En 2014, la France est nette importatrice d’acide citrique, d’après les douanes française et le prix moyen à l’import était de 1100 € par tonne.

Acide citrique et vin

L’acide citrique est présent dans les raisins de tout cépage et en plus grande quantité dans les moûts concentrés par la pourriture ou le passerillage des raisins, les teneurs en acide citrique des vins sont très variables, beaucoup de vins rouges en sont dépourvus, en effet, parallèlement à la fermentation malolactique qu’elles provoquent, beaucoup de bactéries lactiques font fermenter l’acide citrique, en donnant lieu surtout à la formation d’acide acétique et l’acide citrique possède à un haut degré la propriété d’engager le fer ferrique dans un anion complexe double, pour cette raison, il est utilisé de façon courante dans le traitement de la casse ferrique et on l’utilise encore pour remonter l’acidité fixe et ainsi améliorer l’acidité gustative d’un vin surtout dans les vins blancs secs, son emploi dans les vins rouges appelle quelques réserves, car il n’y est pas très stable et risque d’être fermenté par bactéries lactiques avec augmentation d’acidité volatile.