Alun

L’alu ( du grec als, alos, « le sel » ), alun de potassium ou encore disulfate d’aluminium et de potassium, est un sel double présent naturellement dans diverses régions du monde, telles la Syrie et le Maroc mais peut également être synthétisé.

         

Histoire

Au IVéme siècle av. J.-C., le philosophe Théophraste, élève d’Aristote, a écrit un ouvrage intitulé Sur le Sel, le Nitre et l’Alun et Strabon rapporte quelques propriétés de l’alun, de même au 1é siècle, le pharmacologue Dioscoride et l’encyclopédiste Pline .

L’alun était abondamment utilisé par les artisans orfèvres et les alchimistes du IIIéme siècle en Égypte gréco-romaine, c’est une des matières premières les plus fréquemment citées dans les papyrus de Leyde et de Stockholm, pour Robert Halleux, les styptêria, traduit par « alun », sont des sulfates doubles d’aluminium et de métaux alcalins, mais aussi toute espèce de substances dotées de propriétés astringentes, l’Égypte exploitait des gisements d’alun dans la Petite Oasis et ceux-ci ont même fait l’objet d’un monopole d’État à l’époque romaine et le principal usage de l’alun est de fixer les couleurs, en solution, il peut donner un acide faible.

On attribue à Geber la découverte de l’acide nitrique, obtenu en chauffant du nitrate de potassium ( salpêtre ) en présence d’alun, de sulfate de cuivre et d’acide sulfurique ( le vitriol ).

À la fin du XVéme siècle, d’importants gisements d’alun sont découverts dans les monts de la Tolfa, une région d’Italie appartenant aux États pontificaux et compte tenu du rôle joué à cette époque par l’alun dans l’industrie textile, l’exploitation de ces gisements sera une source de revenus pour les États pontificaux.

L’utilisation de l’alun était connue des Romains, Pline en parle dans ses écrits. Buffon, dans ses œuvres complètes, détaille son utilisation dans la teinture des matériaux :

« Ce sel a, en effet, des propriétés utiles, tant pour la médecine que pour les arts et surtout pour la teinture et la peinture. La plupart des pastels ne sont que des terres d’alun, teintes de différentes couleurs. Il sert à la teinture en ce qu’il a la propriété d’ouvrir les pores et d’entamer la surface des laines et des soies qu’on veut teindre et de fixer les couleurs dans leurs substances. Il sert aussi à la préparation des cuirs, à lisser le papier… On frotte d’alun calciné les formes qui servent à imprimer les toiles et papiers pour y faire adhérer les couleurs… »

Propriétés

L’alun est astringent, émétique et hémostatique, sa température de fusion est de 92,5 °C et sa solubilité est de l’ordre de 114 g/l à 20 °C.

Utilisations

Cuir et Textile

L’alun favorisant la coagulation des protéines fut utilisé pour traiter le cuir par les hongroyeurs, qui l’utilisaient mélangé au chlorure de sodium mais aussi comme mordant pour la teinture du tissu.

Cosmétique

La pierre d’alun régule la sudation sans boucher les pores de la peau, combat les bactéries qui causent les mauvaises odeurs, peut être utilisée comme après-rasage afin de stopper les saignements dus aux micro-coupures, s’utilise humidifiée à l’eau froide en la passant lentement sur la peau, se trouve en pharmacies et parapharmacies et le côté « naturel » du produit contribue à un regain d’intérêt mais ceci est fortement remis en cause depuis quelques années, et a conduit les fabricants à communiquer sur les termes « Kalunite », « pure », et « sans hydroxides d’aluminium », sans que ne soient apportés d’éléments scientifiques ou fiches techniques.

Alimentation

Dans les années 1800, en France, en Allemagne et en Angleterre certains boulangers introduisaient de l’alun de potassium dans la farine comme substitut du bitartrate de potassium dans la levure de boulanger, des morts par accident ou par empoisonnement volontaire liées à l’alun ont été rapportées à cette époque, seule une partie de l’alun utilisé dans la manufacture du pain est décomposée par les phosphates présents dans la farine, son utilisation dans les produits alimentaires fut interdite et punie d’une peine d’emprisonnement à la fin des années 1870, des expériences menées par Devergie et Orfila sur des animaux vivants fournirent la preuve qu’il s’agit d’un poison dont l’action corrosive attaque les membranes muqueuses, les symptômes observés sont le vomissement, la constipation, une asthénie extrême, et une perte d’appétit et d‘autres expériences menées sur des chiens en bonne santé par Henry A. Mott conduisirent au même constat, l’autopsie de ces derniers décela la présence d’une grande quantité d’aluminium dans le cœur, le foie, les reins et le sang.

Utilisé de manière traditionnelle dans la fabrication du « sirop de miel au sucre » notamment au Maghreb pour recouvrir ou enrober les gâteaux secs, son innocuité ne semble pas remise en cause, et son usage se poursuit de nos jours, au moins dans les familles.

Autres

Il est d’autre part utilisé comme coagulant dans le traitement de l’eau potable, a aussi été utilisé comme adjuvant immunologique, est aussi utilisé dans la fabrication de la plasticine, fait partie des ingrédients de certaines recettes de pâte à modeler maison non toxiques et le paragraphe « alimentation » et les études qu’il cite devrait amener à se poser des questions sur cette non toxicité et sous forme de solution, il est utilisé pour faire rougir les hortensias, comme tout autre acide.

Synthèse

Il est possible de l’obtenir en mélangeant des solutions concentrées de sulfates de potassium K2SO4 et de sulfate d’aluminium Al2(SO4)3 que l’on laisse s’évaporer.

Conséquences sur la santé

Au contact de l’eau, la pierre d’alun libère notamment de l’hydroxyde d’aluminium censé être inerte mais dont l’innocuité n’a pas été formellement démontrée, aucun renseignement toxicologique officiel ni restriction d’utilisation ne concernent actuellement l’alun naturel, l’hydroxyde d’aluminium est pourtant autorisé en cosmétologie naturelle et biologique à la différence du chlorhydrate d’aluminium ou du chlorure d’aluminium fabriqués industriellement et dont l’innocuité a été remise en cause fin 2011 par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé en tant que composants de déodorants ou d’anti-transpirants, certains sites revendeurs de pierres d’alun mettent toutefois l’absence d’hydroxyde d’aluminium en avant, des études danoises mais aussi anglaises ayant mises en cause l’aluminium dans la maladie d’Alzheimer entre autres problèmes de santé et la majorité des fabricants industriels de déodorant communique sur l’absence de sels d’aluminium dans leurs formulations.

L’argument d’innocuité à cause de la très forte solidité des liaisons est remise en cause par certaines études, indique clairement la possibilité de libération d’hydroxyde d’aluminium dans l’eau, qui lui est réputé inerte, le manque de définition des produits ainsi que des mécanismes en jeux lors de l’application sur la peau ou lors de l’ingestion ne permettent pas de se faire une idée juste, dans l’attente d’études plus poussées, ce problème est similaire à l’utilisation de l’argile en soins externes et interne et dans ce cas, des études sur des animaux n’ont pas montré de concentration de l’aluminium dans les organes.

Fabrication Artisanale

Il existe dans le monde de moins en moins de fabricants travaillant la pierre d’alun de façon artisanale selon une méthode de taille et de polissage à la main, nécessite un travail à partir du vrai cristal d’alun non reconstitué et les pierres d’alun fabriquées selon cette méthode sont de plus en plus rares mais on retrouve aujourd’hui de nombreuses pierres moulées reconnaissables à leur aspect opaque et poudreux mais le véritable cristal d’alun est, quant à lui, reconnaissable à sa légère transparence et la non homogénéité du produit.

Produit de synthèse industrielle

Un produit de synthèse industrielle, l’Ammonium alun, fabriqué à partir de sulfate d’ammonium, sous-produit de l’industrie du caprolactame, d’acide sulfurique et d’alumine est vendu comme déodorant naturel, pourtant de nombreux marchands de produits naturels affirment que les produits de synthèse seraient intrinsèquement nocifs, n’étant pas d’origine naturelle, notamment par la présumée migration des molécules d’aluminium sous la peau.