Asclépiade de Syrie

L’Asclépiade de Syrie ( Asclepias syriaca ) ou herbe à la ouate, parfois appelée herbe aux perruches, est une plante herbacée vivace de la famille des Asclépiadacées.

Dénomination

Cette plante a été l’une des premières espèces de l’Amérique du Nord à faire l’objet d’une description et apparaît dans la Canadensium plantarum historia de Jacques Philippe Cornut ( médecin et botaniste français, né le 19 octobre 1606 à Paris et mort le 23 août 1651 ) dont le nom d’espèce a été réutilisé par Linné ( né le 23 mai 1707 à Råshult et mort le 10 janvier 1778 à Uppsala, naturaliste suédois ) en raison d’une confusion faite par Cornut avec une plante d’Asie mineure et, au Québec elle est souvent appelée Soie d’Amérique.

Distribution

Originaire d’Amérique du Nord, elle est parfois cultivée pour l’ornement dans les jardins et elle est subspontanée ou naturalisée en Europe méridionale et centrale et en Asie mineure.

Utilisation

On peut manger les fruits, les feuilles et la tige de l’asclépiade à condition de les faire bouillir avant.

Anciennement

Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande ( né à Bourg-en-Bresse le 11 juillet 1732 et mort à Paris le 4 avril 1807, astronome français ) écrit :

« La plante appelée Apocynum majus Syriacum erectum, dans l’histoire des plantes du Canada de M. Cornut, et Asclepias Syriaca dans Linnæus (Spec. p. 214) porte des gousses qui sont pleines d’une soie végétale, assez abondante et assez douce pour mériter d’être employée dans les arts, plusieurs personnes ont tenté d’en faire usage et M. Rouvière à Paris en avait obtenu le privilège mais il faisait un grand mystère de ses procédés ; voici ceux qu’on emploie à Naples.On nettoie ce duvet, ou cette soie, de manière qu’il n’y ait ni semences, ni feuilles, ni membranes, on le met en macération pendant l’espace de 12 ou 15 jours, suivant la saison, dans de l’eau de pluie, où l’on aura fait fondre du savon, une once et demie pour chaque pinte d’eau.Dans les premiers jours cette matière jette une couleur jaune, capable de teindre les mains ; il faut alors changer l’eau et le savon, afin qu’elle macère ou mûrisse mieux.On ôte ensuite cette soie de dedans l’eau ; on la presse avec les mains, on la lave plusieurs fois dans de l’eau fraiche de pluie jusqu’à ce qu’on en ait enlevé tout le savon, et que l’eau en sorte claire.On la fait sécher à l’ombre, on la peigne et on la carde avec beaucoup de délicatesse et de ménagement, et on la file comme du coton avec de petits fuseaux.Cette opération qui est de même espèce que celle de faire rouir le chanvre dans les marais, attendrit et emporte la gomme végétale, ou la partie visqueuse qui enveloppant les filets de l’apocin, leur donne de la raideur et les rend trop lisses pour qu’ils puissent s’accrocher, se tortiller et s’unir dans la filature.Cependant l’apocin après cette macération n’est propre encore qu’à faire des bas, des gants, ou autres tissus qui ne demandent pas beaucoup de souplesse et de velouté ; mais pour faire des étoffes, elle exige une préparation ultérieure, dont je n’ai pas eu communication. »

Au début du 21éme siècle

La confection de tissus à partir de la partie fibreuse du fruit est de nouveau envisagée.

Défense et Toxicité

L’Asclépiade de Syrie montre des adaptations en ce qui concerne la défense contre les herbivores et investit dans celle-ci en fabriquant deux principales substances toxiques : les cardénolides et le latex dont on retrouve les cardénolides dans le latex et peuvent être présents à différentes concentrations, la plante doit souvent faire des compromis dans la production de ces substances afin que l’utilisation de son énergie soit la plus rentable possible et, en d’autres termes, si la plante doit augmenter sa production de latex, elle investira moins d’énergie dans la production de cardénolides car le latex dans la plante n’a pas de fonctions primaires pour le métabolisme mais a un rôle principalement axé sur la défense contre les herbivores.

Ses défenses peuvent avoir deux origines, elles peuvent être induites à la suite d’une attaque et ainsi on observera une augmentation de la production de latex ou de cardénolides à la suite de cette attaque et l’origine des défenses peut également être constitutive, c’est-à-dire que les défenses étaient déjà présentes au départ dans la plante et sont fixes, ne seront pas modifiées par la présence ou l’absence d’herbivores car elles sont indépendantes des blessures imposées à l’asclépiade de Syrie alors que les défenses induites sont, comme leur nom l’indique, induites par la blessure causée par l’herbivore.

L’Asclépiade de Syrie évolue vers une plus grande protection contre les herbivores en raison de la pression sélective imposée par ceux-ci.

Souvent, la plante investit beaucoup plus dans la protection de ses feuilles plutôt que de ses racines, c’est-à-dire qu’elle produira plus de substances toxiques dans ses feuilles plutôt que dans ses racines, en effet, elle accorde 40% plus de cardénolides aux nouvelles pousses qu’aux racines.

C’est une plante toxique, consommée par la chenille du papillon monarque, qui devient lui-même toxique grâce à elle ( chenille et adulte ), ce qui lui permet d’échapper à de nombreux prédateurs.

Plante hôte et relation avec les herbivores

L’Asclépiade de Syrie est, comme d’autres Asclepias, la plante hôte des chenilles du papillon Monarque ( Danaus plexippus ), possède une grande diversité d’herbivores qui dépendent d’elle dont on compte parmi ceux-ci des pucerons, des chenilles de quelques espèces de papillons ( par exemple, le Monarque ), les larves de plusieurs insectes, des charançons, des punaises, des longicornes et autres coléoptères et bien plus, permet à plusieurs espèces de survivre car en attirant des herbivores, elle attire également les prédateurs de ces herbivores et ainsi toutes ces espèces finissent par dépendre de cette plante et permet également de réguler toutes sortes d’espèces selon les périodes de consommation.

Ainsi, elle entretient des relations avec des espèces telles que les nématodes entomopathogéniques, et lorsque les racines sont attaquées par des herbivores comme, par exemple, le longicorne de l’asclépiade, la plante sécrète des composés organiques volatils ( défense indirecte ) qui attirent les nématodes qui protégeront la plante en consommant les insectes herbivores dont la défense directe pour les racines reste la production de cardénolides et a été démontré qu’une asclépiade qui est attaquée par les herbivores produira jusqu’à 5 fois plus de composés volatils qu’une plante qui n’a pas été attaquée.

Pour les longicornes, on croit qu’ils pourraient être la principale source de pression de sélection pour l’asclépiade de Syrie étant donné le haut taux de dommage imposé aux rhizomes.

Les dommages causés par les chenilles de Monarque modulent les interactions de l’asclépiade de Syrie avec d’autres espèces interagissant avec celle-ci, en effet, en mangeant les feuilles, les chenilles de Monarque augmentent la fréquentation par les pucerons et la présence des pucerons induira la présence de fourmis prédatrices ( Formica podzolica ) associées à l’asclépiade de Syrie qui consomment les pucerons.

Également, certains herbivores seront désavantagés par d’autres herbivores et les dommages imposés à l’asclépiade par ceux-ci, plus tôt dans la saison, ainsi, on assiste donc à une certaine régulation des espèces basée sur la consommation d’une même plante et, puisque la réponse de la plante induite par l’attaque est souvent différente selon le type d’herbivore, les communautés d’insectes seront influencées de manière différente tout dépendant quel aura été le premier consommateur, par exemple, lorsque les charançons attaquent le tronc de l’asclépiade de Syrie en début de saison, il a été montré que par la suite, les larves de Monarque et les larves de longicornes voient leur croissance réduite.

Effet de la défense sur les principaux herbivores

L’asclépiade de Syrie est affectée par une multitude d’herbivores vertébrés comme les cerfs et les lapins, mais est également affectée par une dizaine d’insectes, les pires dommages sont souvent causés par les herbivores vertébrés dont les cardénolides sont généralement très toxiques pour les herbivores vertébrés et il est donc surprenant d’observer de l’herbivorie de la part de cerfs et de lapins mais ceci peut s’expliquer par le fait que la concentration de cardénolides dans les plants d’asclépiade est généralement basse que la plupart des autres espèces d’asclépiades et pour ce qui est des insectes, 90% des dommages de la part de ceux-ci sont causés par les larves de longicornes et par les chenilles de Monarque.

L’asclépiade de Syrie a une relation très spéciale avec le papillon monarque car en consommant l’asclépiade qui contient des cardénolides, le papillon voit son exosquelette et ses ailes se composer de cette substance dangereuse, c’est ce qui le rend aussi toxique à la consommation par les prédateurs et les cardénolides sont utiles pour ce papillon spécialement pour la protection contre les prédateurs aviaires.

Par contre, il a été remarqué dernièrement que plus la concentration de cardénolides est grande, plus on observe une corrélation négative avec le nombre d’œufs déposés par la femelle Monarque (c’est-à-dire que plus la concentration de cardénolides augmente, plus le nombre d’œufs diminue) et on observe une corrélation positive entre le taux de mortalité et la concentration de cardénolides.

Les différents herbivores de l’asclépiade de Syrie réagissent différemment selon la réaction de la plante et les dommages causés par une exploitation subséquente de la plante, en effet, les Monarques sont moins affectés par l’augmentation de latex dans la plante ( réaction induite ), que par les dommages causés à la plante par une exploitation subséquente de chrysomèles ( Colleoptére ), au contraire, la croissance des chrysomèles est affectée négativement par la réponse de la plante ( augmentation de latex ) mais n’est pas affectée par des dommages imposés à la plante même si les spécialistes se nourrissant de l’asclépiade de Syrie supportent bien la présence de latex, en général, lorsqu’on coupe les laticifères ( canaux excrétant le latex ), la croissance des insectes comme la chenille du Monarque est beaucoup plus facile.

Relation avec les pollinisateurs

L’asclépiade de Syrie est une plante généraliste, c’est-à-dire que, lors de la période de reproduction, son pollen est transporté par des pollinisateurs de plusieurs espèces différentes et dans son cas, ce sont principalement des insectes et, pourtant, cette relation avec les insectes peut parfois être nuisible pour ceux-ci en raison de la conformation des fleurs de l’asclépiade, les petits insectes y restent parfois coincés ou doivent parfois y laisser une patte afin de réussir à s’échapper.

Effets de l’environnement sur l’asclépiade de Syrie

Les changements climatiques et la pollution atmosphérique peuvent avoir un impact sur l’asclépiade de Syrie, en effet, une augmentation du taux de CO2 atmosphérique fait augmenter la croissance de la plante et fait également augmenter les défenses physiques comme la production de latex mais, par contre, si le taux de dioxyde de carbone augmente, on assistera à une réduction de l’investissement dans les défenses chimiques et il a été démontré que ces changements de taux de CO2 n’ont pas d’impact sur les défenses induites par l’attaque des chenilles de Monarque, la réponse de la plante reste la même et la production de substances toxiques aussi.