Le Foulon

                   Ancien foulon de Monsempron-Libos sur la Lémance

Un foulon ( du latin : fullo ), également autrefois appelé moulin fouleur, moulin foulon, ou encore aujourd’hui, moulin à foulon, est un mécanisme ( mû le plus souvent par un moteur hydraulique ) servant à battre ou fouler la laine tissée ( drap ) dans de l’argile smectique pour l’assouplir et la dégraisser et le moulin était exploité par un ouvrier foulon ou foulonnier et pouvait aussi servir pour les cuirs et peaux.

Le moteur hydraulique entraîne un arbre actionnant une batterie de maillets, placés en position de bascule au-dessus des cuves à drap ou autre textile ainsi que pour le tannage des peaux.

Dans le cas du foulage du feutre, les cônes sont trempés dans un bain d’eau bouillante et d’acide sulfurique puis pressés dans une cloche pour leur donner leur texture ferme et dense.

Histoire

En Europe, les moulins à foulons apparaissent d’abord dans des documents italiens du IXéme siècle où ils resteront probablement confinés pendant environ 2 siècles et il s’agit d’une machine hydraulique dans laquelle les cames fixées sur l’arbre de la roue de moulin actionnent des piles qui remplacent le travail de l’homme.

Ils sont cités en France dans un document de 1086, en Normandie, l’innovation se répand alors également en Picardie et en Champagne, au Piémont en Italie et, à Beauvais, l’essor de la draperie, notamment à l’exportation, devient considérable, en Champagne, à Reims, ou à Châlons, ce type de moulin fleurit au XIIéme siècle et XIIIéme siècle, en Angleterre, les premières mentions commencent à partir de 1185, avec des moulins appartenant à des Templiers, le Moulin de la Flagère, à Le Tourneur, dans le Calvados est également un de ces moulins, utilisé pour traiter le laine des moutons, construits par les templiers entre 1150 et 1170.

Des techniques proches utilisés à partir du XIIéme siècle dans les moulins à papier, ce nouvel outil venant de Chine à cette époque.

Vers 1825, les moulins à foulon était encore répandus en Basse-Normandie, le Calvados comportait encore 54 moulins à foulon, l’Orne en comportait 15 et ces régions comportaient également d’autres types de moulins à eau, tels que des moulins à tan ( bâtiment où l’on broie l’écorce de chêne qui sert au tannage des peaux ), des moulins à papier.

Description

Jules Verne décrit ainsi un moulin à foulon dans L’Île mystérieuse :

« La construction de la machine destinée à fouler la laine, car il ( Cyrus Smith ) sut habilement profiter de la force mécanique, inutilisée jusqu’alors, que possédait la chute d’eau de la grève, pour mouvoir un moulin à foulon, rien ne fut plus rudimentaire, un arbre, muni de cames qui soulevaient et laissaient retomber tour à tour des pilons verticaux, des auges destinées à recevoir la laine, à l’intérieur desquelles retombaient ces pilons, un fort bâti en charpente contenant et reliant tout le système : telle fut la machine en question. »

Moulin à foulon de draps de Lodève (dessin de Jean-Baptiste-François Génillion, vers 1780)

Jean Le Houx, auteur de « Le Livre des Chants nouveaux de Vaudevire » parle dans ses chansons paillardes et de révolte des difficultés de ces ouvriers à la fin du XVIéme siècle.

On utilisait de la terre à foulon, ou argile smectique ( une argile qui a la propriété d’absorber les matières grasses ), pour le foulonnage des laines afin de dégraisser les étoffes, cette opération permettait aussi de resserrer les fibres du tissu pour lui donner de l’épaisseur et du moelleux, et le battage hydraulique, avec de lourds maillets de bois frappant de la laine tissée, est une opération d’apprêt complémentaire du filage et du tissage, le foulage pouvait apporter jusqu’à 50 % de plus-value par rapport à une pièce de tissu non foulée.

« Les pièces à fouler sont placées dans des cuves, les  » piles « , avec de l’eau chaude et de l’argile pulvérisée, ou terre à foulon, sous l’action des maillets en bois munis de dents et de l’eau chaude, il y a resserrement et imbrication des fibres de laine les unes dans les autres, comme pour le feutre et la forme des maillets tend à faire tourner l’étoffe dans les piles, le foulage est ainsi homogène puis il faut régulièrement retirer le tissu de la pile pour le démêler, il rétrécit en longueur et en largeur. »

 

Vue d’un foulon au bas des roches de Plombières près de Dijon ( dessin de  Jean  Baptiste Lallemand, vers 1780)

Les moulins à foulons étaient aussi employés par les mégissiers pour le battage des peaux, des cuirs.

On nomme chardon à foulon ou cardère à foulon une variété cultivée de chardon ( Dipsacus sativus ), dont les têtes, plus allongées que celles de son homologue sauvage, servaient à carder les étoffes de laine et à rendre le poil des draps plus lisse et plus uni, cette plante était cultivée à proximité des manufactures de draps, en 1862 encore, 2 326 ha de chardon à foulon étaient cultivés en France.

Le Fouloir

Le fouloir est en général de fabrication artisanale et adapté à l’endroit où il doit fonctionner, il peut donc présenter une configuration totalement différente d’un lieu à un autre, la position des maillets (3) peut être horizontale ou inclinée ( comme sur le schéma ), l’arbre à cames (2) peut avoir des cames rapportées ou creusées dans la masse de l’arbre.

 Schéma d’un foulon : 1 = roue à aubes  /  2 = arbre à cames  /  3 = maillets  /  4 = eau alcaline   5 = tissu à fouler

Les tissus à fouler (5) sont disposés contre une butée dans le cas de maillets verticaux, dans le cas de maillets horizontaux, le tissu est placé dans une auge ( ou bac ), est toujours abondamment arrosé par de l’eau alcaline additionnée de terre à foulon dans le cas du traitement des tissus et pour le foulage du feutre, l’eau est chauffée et acidulée.

Lieux d’Exploitation

Les moulins à foulon se sont développés, depuis l’Antiquité, dans les lieux où on disposait d’une source abondante en eau et, autant que possible, peu éloignés des élevages de moutons producteurs de laine.

                                  Maillet en action

Ces moulins, qui ont un gros besoin en eau, se sont développés sur les cours d’eau au profit de petits seigneurs, qui en détenaient les droits dans le cadre des banalités, ceux-ci les baillaient à des fermiers, qui utilisaient des ouvriers foulons ou foulonniers et avec Henri IV, les moulins à foulons sont réglementés, voire contrôlés et deviennent des  » manufactures « .

                                   Arbre à cames actionnant les maillets

Ces installations sont, ou étaient, en usage dans toutes les régions du monde, où le lavage de la laine ou le tannage des peaux demandaient une grande manutention et une ressource en eau suffisante pour actionner le moteur hydraulique.

                                       Roue à aube entrainant l’arbre à cames

Avec l’essor industriel, au XIXéme siècle, ces moulins ont été, à quelques exceptions près, remplacés par des installations modernes, principalement pour la fabrication du feutre de l’industrie chapelière.

                              Bassin de lavage du linge ou de la laine

Exemples

  • Un moulin à foulon est mentionné en Normandie dès 1226, sur la rive gauche de l’Iton, en amont de Louviers.
  • Le moulin à foulon de Cugand ( Vendée ).
  • Les moulins à foulon de Guern-ar-Hoadic, en Trévarn ( en Saint-Urbain ) sur la Mignonne, de Lavadur en Irvillac, de Troéoc en Hanvec, sur le Camfrout, qui servaient entre autres au XVIIIéme siècle au foulage de la berlingue ( tissu de médiocre qualité ) et de la bure ( tissu de laine assez grossier ).