L’Ortie

Les orties ( Urtica ) sont un genre de la famille des Urticacées qui regroupe une trentaine d’espèces de plantes herbacées à feuilles velues, on en trouve 11 en Europe dont 5 en France.

Les espèces les plus communes sont la grande ortie ( Urtica dioica, 50 cm à 1 mètre, vivace ) et l’ortie brûlante ( Urtica urens, moins de 50 cm, annuelle ), l’ ortie à pilules, ortie romaine ( Urtica pilulifera ) se rencontre dans le midi et l’ouest de la France, l’ ortie membraneuse ( Urtica membranacea ) se rencontre dans le midi méditerranéen et l’ortie noirâtre ( Urtica atrovirens ) uniquement en Corse.

La grande ortie et l’ortie brûlante ( feuilles et racines ) sont reconnues comme faisant partie des plantes médicinales les plus utiles et les plus efficaces, notamment sous la galénique SIPF, les feuilles sont couramment utilisées comme toniques, dépuratives, diurétiques, anti-inflammatoires ( douleurs rhumatismales ) et est surtout connue pour ses propriétés vitalisantes et énergétiques.

La grande ortie est également très utilisée à des fins alimentaires, industrielles ( pour sa fibre ) et agricoles ( en tant qu’engrais vert et insecticide ).

Étymologie et Histoire

Le nom d’ortie est issu du latin urtica lui-même dérivé d’uro, « brûler », en référence aux poils urticants.

  • 1746 : En botanique, orthie ( St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 1746 )
  • 1176-1184 : au figuré par opposition à rose pour signifier «le pire» ( GAUTIER D’ARRAS, Eracle, éditeur G. Raynaud de Lage, 1268 )
  • 1496 : gecter le froc es ortyes ( Mystère de St Martin, éd. A. Duplat, 7993 cité ds Z. rom. Philol. t.97, p.445 )
  • 1564 : jetter le froc aux orties ( THIERRY, s.v. froc ) .

Caractéristiques Générales

Ce sont des plantes herbacées à feuilles opposées, pétiolées, fortement dentées ou incisées, à stipules libres, sont de forme elliptique, les plantes sont hérissées de poils raides ( appelés scientifiquement trichomes urticants ) sécrétant un liquide très irritant et les espèces sont nitrophiles et rudérales.

Les fleurs mâles et femelles sont séparées, soit sur le même pied ( plantes monoïques ) soit sur des pieds différents ( plantes dioïques ), les fleurs femelles sont verdâtres et pendantes, réunies en inflorescences plus ou moins serrées, selon les espèces, le périanthe est à 4 divisions très inégales, les 2 extérieures petites ou nulles, le style est presque nul, le stigmate est en pinceau et les fleurs mâles sont jaunâtres, ont un port plus horizontal et étalé ou en épi, leur périanthe est à 4-5 divisions, les 4-5 étamines, à filets longs, repliés, sont pliés dans la corolle, se détendent soudainement lors de la fécondation et répandent un nuage de pollen sur les fleurs femelles dont le fruit est un akène ovoïde-comprimé, renfermé dans le périanthe.

        

Pouvoir Urticant

Les poils urticants contiennent de l’histamine, de l’acétylcholine et de la sérotonine qui irritent la peau, des acides formiques ( l’arme de défense des fourmis et des abeilles ) sont présents mais jouent un rôle mineur dans l’irritation et ces poils ont à leur extrémité une pointe de silice qui permet de pénétrer la peau des animaux qui s’en approchent trop qui sont aussi fragiles que du verre, se brisent comme l’extrémité des ampoules de médicaments et injectent dans la peau l’histamine ( pouvoir histaminolibérateur de l’ortie ) à qui serait dû le prurit ( sensation de démangeaison ) et les troubles de la motricité des vaisseaux responsables de l’érythème, ainsi que les autres composants qui provoquent une sensation de brûlure puis donnent une urticaire de contact ( plaques rouges et gonflées d’eau ).

Le botaniste Charles Naudin constate en 1874 à Collioure qu’un épisode venteux violent et prolongé a pour effet de faire disparaître durant une semaine la propriété urticante des orties.

Utilisations

Utilisation comme fertilisant

L’ortie permet la fabrication de purin d’ortie, par macération d’orties hachées dans de l’eau pendant quelques jours à l’abri de la lumière, sert de fongicide ( contre le mildiou ), d’insecticide ( contre les pucerons et acariens ) et d’activateur ou de régulateur de croissance des végétaux.

La fabrication, l’utilisation et la commercialisation de ce purin sont réglementées en France par l’arrêté du 18 avril 2011.

Certaines sources soutiennent que l’ortie, sans nourrir la plante ni lutter contre les insectes, pourrait stimuler sa croissance, ce qui pourrait en fait signifier qu’elle favorise l’activité biologique du sol ( voir à ce sujet, les travaux de Claude et Lydia Bourguignon , ingénieur agronome français ).

Utilisation alimentaire

Les orties sont comestibles, contiennent des protéines à raison de 8 à 20 % de leur poids frais, 16 à 40 % de leur poids sec ( une portion de 300 g d’ortie cuite apporte ainsi la ration journalière de protéines ), du fer à raison de 7,8 mg pour 100 gr et du calcium à raison de 630 mg par 100 gr.

Elles sont excellentes en soupe, soufflés ou en remplacement des épinards, y compris en pizzas.

Utilisation comme plante médicinale et sanitaire

Différentes propriétés médicinales et sanitaires sont reconnues ou alléguées.

La forme SIPF ( phytothérapie ) de l’ortie urtica urens a une efficacité thérapeutique sur la fatigue, au moins égale au Sargenor.

C’est un diurétique, soit une substance qui entraîne une augmentation de la sécrétion urinaire dont l’action concerne l’hypertension artérielle, l’insuffisance cardiaque, certains œdèmes, l’hypertension portale ou l’hyperkaliémie.

En cataplasme, associée à l’argile verte, elle agit contre les douleurs de l’arthrite et des rhumatismes.

Traitées par lyophilisation, les feuilles peuvent être utilisées pour combattre le rhume des foins.

Absorbée, la racine séchée soulage la miction en cas d’inflammation bénigne de la prostate.

Appliquée en lotion, elle lutte contre l’acné.

En bain de bouche, elle se révèle efficace contre les infections : aphtes, gingivite, angine.

Chez la femme enceinte, elle favorise la stimulation de la production du lait maternel.

Naturellement riche en vitamines A, B et C, elle est également riche en fer, calcium, magnésium, potassium et phosphore.

Le mode de fécondation de l’ortie femelle par l’ortie mâle la rend allergisante par le pollen, mais par sa consommation, elle possède des vertus anti-allergique.

En résumé, « l’ortie est diurétique, dépurative, antirhumatismale, anti-inflammatoire, antalgique, antimicrobienne, anti-ulcéreuse, anti-anémique, hépatoprotectrice, antioxydante, hypoglycémiante, antiallergique, immunostimulante, hypotensive, tonique, galactogène. »

Utilisation comme plante fourragère

Hachée crue, l’ortie peut être donnée aux volailles ; jeune et soumise à dessiccation elle peut être donnée au bétail qui l’apprécie.

Principales espèces du genre Urtica

  • Urtica pilulifera
  • Urtica angustifolia
  • Urtica ardens
  • Urtica atrovirens Req. ex Loisel. — ortie noirâtre, ortie de Dodart ( Corse, Sardaigne, Italie et sur les îles Baléares )
  • Urtica baccifera ( Amérique centrale )
  • Urtica cannabina L. — ortie à feuille de chanvre ( Asie occidentale de l’Iran à la Sibérie )
  • Urtica chamaedryoides Pursh
  • Urtica dioica L. — grande ortie, ortie dioïque ou ortie commune
  • Urtica ferox G.Forst. — ongaonga, Nettle tree ( Nouvelle-Zélande )
  • Urtica fissa
  • Urtica hyperborea Jacq. ex Wedd., 1856 ( dans l’Himalaya, du Pakistan au Bhoutan, Mongolie et Tibet, en haute altitudes )
  • Urtica incisa Poir. ( Australie )
  • Urtica mairei
  • Urtica membranacea Poir. — ortie à membranes ( littoral méditerranéen )
  • Urtica parviflora
  • Urtica pilulifera L. — ortie à pilules, ortie romaine.
  • Urtica platyphylla Wedd. ( Nord et centre du Japon )
  • Urtica sicula
  • Urtica simensis Hochst. ex A. Rich.
  • Urtica thunbergiana
  • Urtica urens L. — petite ortie, ortie brûlante

         

Autres plantes appelées ortie

D’autres espèces de plantes ont aussi reçu le nom vernaculaire d’« ortie » à cause de leur vague ressemblance avec les orties, on connaît ainsi des orties blanches, jaunes, rouges qui appartiennent au genre Lamium ( les lamiers ) de la famille des Lamiacées et appelée aussi « fausses orties » ou « orties mortes », ces plantes comestibles se distinguent des vraies orties à leurs feuilles non stipulées, leur tige à section carrée, leurs fleurs colorées zygomorphes aromatiques et leur absence de poils urticants.

  • ortie blanche : lamier blanc, Lamium album L.
  • ortie jaune : lamier jaune, Lamium galeobdolon (L.) L.
  • ortie rouge : lamier pourpre, Lamium purpureum var. purpureum L.
  • ortie morte : lamier blanc, Lamium album L. ou lamier tacheté, Lamium maculatum (L.) L.
  • ortie maculée : lamier tacheté, Lamium maculatum (L.) L.
  • ortie bourbière : épiaire des marais ( Stachys palustris )
  • ortie puante : épiaire des bois ( Stachys sylvatica )
  • ortie royale : ortie épineuse = galéopsis tétrahit, Galeopsis tetrahit L.
  • ortie bleue : campanule gantelée, Campanula trachelium L.

Prédateurs

Les papillons de nuit ( hétérocères ) suivants ( classés par famille ) se nourrissent d’ortie :

  • écaille lièvre
  • écaille martre ( Arctia caja )
  • brocatelle d’or ( Geometridae )
  • passagère
  • plusie vert-doré ( Noctuidae ).

Les Orties dans la Culture

Dans la mythologie

Dans le panthéon germanique, l’ortie était consacrée à Thor/Donar, dieu du Tonnerre.

Les armoiries du Land de Schleswig-Holstein portent à gauche l’écu du Holstein enté en pointe de gueules aux trois clous d’argent posés en pairie et angles d’autant de feuilles d’ortie du même

Dans le langage

  • « jeter le froc aux orties » : renoncer à l’état monacal ou ecclésiastique. Dans sa chanson Le Mécréant, Georges Brassens trouve une soutane dans les orties. Dans cette expression, froc est à prendre au sens ancien du terme qui apparaît vers 1160 pour désigner la partie de l’habit des moines qui recouvre la tête, les épaules et la poitrine. À partir du XVIIe siècle, le mot s’utilise pour nommer l’habit monacal dans son ensemble, mais ce n’est qu’au XXe siècle que l’argot récupère ce mot pour remplacer pantalon. Cette expression tend à tomber en désuétude, compte tenu de la raréfaction des vocations religieuses en France.
  • « Il ne faut pas pousser grand-mère dans les orties », ou « Il ne faut pas pousser mémé dans les orties » signifie : il ne faut pas exagérer. Cette expression sert à avertir quelqu’un qu’il va dépasser les bornes, faire une provocation de trop.

Dans la littérature et la chanson

  • Dans le conte de Grimm KHM 198, Demoiselle Maleen, l’héroïne Maleen, qui s’est échappée de la tour où son père l’avait enfermée, est obligée de se nourrir des feuilles d’un buisson d’orties (Brennettelbusch en dialecte). Par la suite, elle s’adresse à un buisson d’orties en lui rappelant ce fait.Ce conte serait originaire de Scandinavie via le Schleswig-Holstein.
  • Le conte KHM 179 ( La Gardeuse d’oies à la fontaine ) fait également mention d’orties, utilisées comme instrument de punition.
  • Dans le conte d’Andersen intitulé Les Cygnes sauvages, l’héroïne doit tisser des cottes de mailles ( ou des hauberts ) en fil d’ortie, cueillie dans un cimetière, pour permettre à ses frères, transformés en cygnes, de retrouver forme humaine.
  • Victor Hugo mentionne l’ortie dans son poème J’aime l’araignée et j’aime l’ortie, dans lequel il défend les êtres marginaux de la société en les identifiant à l’araignée et l’ortie.
  • Francis Cabrel a également nommé son douzième album et le septième titre de ce dernier Des roses et des orties.