Vinaigre

 

Le vinaigre, solution aqueuse à faible teneur d’acide acétique, rentre principalement dans l’alimentation humaine comme condiment et conservateur alimentaire, le vinaigre d’alcool déshydraté en cristaux est un nettoyant préservant l’environnement, et il résulte d’une acescence, consistant en une transformation organochimique d’une solution aqueuse d’éthanol exposée à l’air, dont l’origine est une fermentation acétique produite par oxydoréduction microbiologique et contient un pourcentage d’acide acétique, pouvant être mesuré, et l’essentiel de l’éthanol a disparu ou ne subsiste que sous forme de traces d’alcool.

Historique

Étymologie

Le terme « vinaigre » provient de « vin aigre », le vin étant l’une des boissons alcoolisées les plus usuelles pour élaborer un vinaigre.

Avant les travaux scientifiques

5000 ans avant J.-C., le vinaigre était utilisé comme condiment et pour la conservation, par les babyloniens, d’après agriculture et agro-alimentaire Canada.

Dès 2 000 ans av. J.-C., le vinaigre est utilisé pour les blessures.

La Bible fait référence au vinaigre, en particulier le Livre de Ruth : « Le nazir s’abstenait non seulement du vin et de toute boisson fermentée, mais aussi du vinaigre…», dans l’Antiquité, le vinaigre de raisin ou de palme était principalement consommé pour ses vertus désaltérantes et sous la Rome antique, la posca était un vinaigre étendu d’eau et adouci au jaune d’œuf : la Sainte Éponge imbibée de cette dernière est tendue à Jésus de Nazareth pour le désaltérer lors de sa crucifixion.

Avant les travaux scientifiques, le vinaigre était principalement utilisé pour ses propriétés antiseptiques : Antoine Maille aurait enrayé la Grande Peste de 1720 à Marseille avec son vinaigre des quatre voleurs et le fondateur de la marque Maille s’est fait connaître des plus grandes cours européennes avec ses vinaigres pour les cheveux, les boutons, la voix, les vapeurs, les bains car à la même époque, on utilisait aussi le vinaigre pour purifier l’eau de la Seine avant de la boire ou bien pour étancher sa soif.

Travaux scientifiques

Au début du XVIIIéme siècle, Georg Ernst Stahl identifie la fermentation acétique de l’éthanol puis Herman Boerhaave met en évidence la différence entre cette dernière et la fermentation alcoolique.

En 1822, Christiaan Hendrik Persoon attribue l’acescence à un biofilm cellulosique qu’il dénomme Mycoderma aceti ( littéralement : peau de champignon du vinaigre ) : la « mère de vinaigre ».

Louis Pasteur, alors au service des vinaigriers français, met en évidence les processus de fermentation alcoolique et de fermentation acétique et en 1864, identifie l’une des espèces de bactéries acétiques à l’origine de cette dernière : Acetobacter aceti, et après Pasteur, d’autres chercheurs ( Hansen, Duclaux, Henneberg…) identifient d’autres espèces de bactéries acétiques.

Élaboration des vinaigres

Processus d’acescence

Principe de l’acescence

Dans une solution aqueuse d’éthanol ou de glucides non fermentés exposée à l’air, la fermentation acétique produite par des bactéries acétiques aérobies contribue à l’acidité volatile, particulièrement dans celles résultant directement d’une fermentation alcoolique où subsistent des glucides : vin, bière, saké, cidre, poiré, hydromel, vin d’érable, vin de palme, bière de banane

Au-delà d’un taux critique d’acidité volatile, la fermentation acétique est à l’origine d’une acescence conduisant au vinaigre, une colonie de bactéries acétiques s’organisant en un biofilm lors de ce processus, en outre, Gluconobacter oxydans peut produire des polysaccharides ( glucane, lavane…) lors d’un élevage, rendant ainsi le milieu visqueux et au-delà d’un taux critique spécifique d’acide acétique dans l’acidité volatile, une solution aqueuse d’éthanol peut subir une piqûre acétique par estérification à partir de l’acide acétique et de l’éthanol produisant de l’acétate d’éthylenote .

Microbiologie du processus d’acescence

Des colonies de bactéries acétiques très tolérantes à l’éthanol et l’acide acétique interviennent dans l’acescence d’une solution aqueuse d’alcool éthylique issue de la fermentation alcoolique d’un moût : mélasse pour le vinaigre d’alcool, moût de raisins pour celui de vin, sirop d’orge malté pour celui de bière, moût de pommes pour celui de cidre, moût de poires pour celui de poiré, moût de miel pour celui d’hydromel, moût de riz pour celui de riz, moût de banane-poyo pour celui de bière de banane, vesou pour celui de canne

Des colonies de certaines espèces de bactéries acétiques interviennent en vinaigrerie dans l’acescence de solutions aqueuses d’alcool éthylique et s’organisent en un biofilm dénommé mère de vinaigre en présence d’air dans un contenant non ouillé, notamment un vinaigrier pour l’élaboration domestique du vinaigre.

Outre les bactéries acétiques intervenant dans l’élaboration des vinaigres de vin et d’alcool, Acetobacter pomorum intervient principalement dans l’élaboration des vinaigres de cidre et de poiré, Acetobacter lambici dans celle du vinaigre de bière, Acetobacter papayæ dans celles des vinaigres de fruits tropicaux dont le moût a subi une fermentation alcoolique : vinaigre d’ananas, de banane-poyo, de fruit de la passion, de corossol, de papaye, de manguenote

Dans certaines boissons alcoolisées s’apparentant à un vinaigre telles que la kombucha, certaines espèces de bactéries acétiques peuvent à l’instar de Gluconoacetobacter kombuchæ se développer en symbiose avec certaines levures : Schizosaccharomyces pombe, Brettanomyces bruxellensis, Torulaspora delbrueckii

Le catabolisme oxydatif des bactéries acétiques étant de type aérobie, la fermentation acétique ne qualifie pas une fermentation au sens strict, leur respiration cellulaire relevant d’une chaîne respiratoire membranairenote .

Processus microbiologique industriel

En 48 heures, une seule bactérie produit son propre poids en acide acétique à condition de disposer d’une grande quantité d’oxygène ou d’un accepteur d’hydrogène ( notamment du bleu de méthylène ).

Composition du vinaigre issu d’une solution aqueuse d’éthanol

La plupart des vinaigres issus d’une solution aqueuse d’éthanol ont une teneur en acide acétique d’environ 5 à 8 % en masse ainsi que de faibles teneurs en acide tartrique et acide citrique, et le vinaigre blanc ménager peut être à 8 %, 10% ou 12 % d’acide acétique.

Élaboration traditionnelle du vinaigre de vin

Pour l’élaboration traditionnelle du vinaigre de vin selon la méthode dite d’Orléans, la fermentation acétique se développe naturellement en fût de chêne non ouillé dans un chai aéré, à l’issue de trois semaines d’acescence, la moitié du fût originel est reversée dans un autre plus petit, le fût originel étant complété et ainsi de suite durant un élevage minimum d’un an concentrant le vinaigre et développant ses caractéristiques organoleptiques, à l’instar de la solera ( aussi appliquée pour le vinaigre balsamique ).

Le vinaigre de vin contient notamment de l’acétylméthylcarbinol ( acétoïne ) formé au cours de la fermentation alcoolique, présent dans les vins à des doses moyennes de 10 mg/l et variant de 2 à 18 mg/l et provient de l’oxydation enzymatique.

Élaboration traditionnelle du vinaigre d’alcool

Selon la méthode dite allemande, le vinaigrier déverse de l’alcool éthylique sur des copeaux de hêtre hébergeant une colonie de bactéries acétiques, après les avoir placés dans un tonneau exposé à une circulation d’air de bas en haut, l’ensemencement en bactéries est assuré par la mouche du vinaigre.

Kombucha

La kombucha est un breuvage alcoolisé originaire de Mongolie, issu d’une solution aqueuse de glucides et résulte d’une fermentation acétique suivie d’une fermentation alcoolique.

Une infusion sucrée, généralement de divers thés au miel, subit une fermentation acétique dans un vinaigrier et cette fermentation se manifeste en particulier par le développement d’un biofilm symbiotique de levures et de bactéries acétiques : la « mère de kombucha » ou le « champignon de thé », l’aspect de ce biofilm, dont la matrice est principalement composée de cellulose, ressemble à celui d’une mère de vinaigre et sa viscosité à celle d’algues laminaires du type biologique transversal des konbus…et cette première fermentation résultant des bactéries acétiques est suivie d’une fermentation alcoolique résultant des levures, cette dernière se déroulant en bouteille de verre empêchant toute corrosion par l’acide acétique produit lors du processus d’acescence.

Degré d’acidité d’un vinaigre

Le vinaigre étant une solution d’acide acétique dans l’eau, le degré d’acidité représente le pourcentage massique d’acide contenu dans la solution.

Vinaigres

Vinaigre d’alcool

Le vinaigre d’éthanol ( dit vinaigre d’alcool, vinaigre blanc ou cristal ) résulte de l’acescence d’une solution aqueuse de mélasse ayant subi une fermentation alcoolique, voire d’eau-de-vie et généralement utilisé étendu d’eau comme conservateur alimentaire, est aussi déshydraté en cristaux en tant que nettoyant préservant l’environnement.

Vinaigres de raisin

Vinaigre de vin

Vers le début du XXéme siècle en France, il a été décrété que le vinaigre de vin devait avoir un taux d’acide acétique supérieur à 6°, les vinaigres aigres-doux qui étaient très courants ont donc été longtemps interdits à la vente sous l’appellation « vinaigre », et étaient vendus comme condiments, excepté en Alsace et en Moselle, en raison d’« habitudes locales historiques » entérinées par le droit local d’Alsace-Moselle et en 2005, cette obligation a été amendée, formalisé par décret et mit fin à toute polémique, depuis, le droit français impose une teneur acétique minimale de 6 grammes d’acide acétique pour 100 millilitres pour avoir droit à la dénomination « vinaigre de vin ».

Quelques vinaigres de vin sont élevés sous bois, notamment les suivants : vinaigre d’Orléans, vinaigre de Reims, vinaigre de Xérès, vinaigre de Bordeaux, vinaigre de Porto, vinaigre de Beaune, vinaigre de Banyuls, vinaigre de « vin cuit », vinaigre de vino cotto

Appareil pour la fabrication du vinaigre par la méthode chimique de Döbereiner

Vinaigre balsamique et similaires

Le vinaigre balsamique traditionnel est un vinaigre de vincotto concentré : un moût de raisins cuit ayant subi une fermentation alcoolo-acétique et une concentration par élevage en fûts de bois, avec un taux minimal d’acide acétique de seulement 4,5 %, au sens strict, ce n’est donc pas un vinaigre de vin, de saveur aigre-douce, il est strictement utilisé comme condiment, est originaire des provinces italiennes de Modène et de Reggio d’Émilie et le vinaigre balsamique générique est issu d’un mélange de vinaigre et de moût de raisin concentré, les homologues du vinaigre balsamique sont le vinaigre d’arrope en Espagne et le vinaigre de pekmez en Turquie.

Autres vinaigres de fruits

  • vinaigres de fruits de maloïdés : vinaigre de cidre, de poiré, de coings
  • vinaigres de fruits rouges
  • vinaigres de fruits subtropicaux : vinaigre de tomates séchées, de dattes, de figues, de figues de Barbarie, de grenades, de kiwis, de kakis, d’oranges calamondines, de jujubes, de gojis
  • vinaigres de fruits tropicaux : vinaigre de bananes, d’ananas, de fruits de la passion, de corossols, de papayes, de mangues, de kumquats, de litchis, de longanes, de mangoustans, de prunes de Cythère, de tomates en arbre, de nata de coco, de jamelonsnote

Autres vinaigres

  • vinaigres de grains de céréales : vinaigres de bières, de sirop d’orge maltée, de riz, de larmille, de millet, de sorgo
  • vinaigres de sève ou de miel : vinaigre d’hydromel et melfor ; vinaigre de vesou et de sirop de batterie, de sirop d’érable, de vin de palme, de sirop de palmier, de sirop d’agave, de sirop de sorgo
  • vinaigres de tubercules : vinaigre de gingembre, de curcuma
  • vinaigres de gousses : vinaigre de mélasse de caroube, de vanille, d’algarrobina
  • vinaigre à partir du lait :
    • le vinaigre de lait ( fait à partir du lait )
    • le vinaigre de petit-lait ( fait à partir du lactoserum ) serait une spécialité hélvétique, appelé vinaigre car il y a une prédominance de l’acide acétique sur l’acide lactique et fabriqué avec du petit-lait transformé en liqueur.

Utilisation culinaire du vinaigre

Le vinaigre est principalement consommé comme condiment, tel quel ainsi que dans certaines marinades et sauces : vinaigrette, mayonnaise, moutarde, escabèche, sauce poivrade, sauce gribiche, sauce ravigote, sauce grand veneur, beurre noir, sauce mignonnette, sauce Robert, sauce aigre-douce, sauce poulette, sauce lyonnaise, pissalat, balandra, salmorejo, sauce verte de Chausey, sauce Duchambais, saupiquet, guasacaca, sauce barbecue, sauce tartare, sauce pour des calçots, sauce à la pauvre homme, skordaliá, clamato, sauce Worcestershire, sauce à la menthe, ketchup, sauce chili, piccalilli, chutney, hrenovina, achards, sauce hoisin, ponzu namul, sauce chien, sauce sriracha, charmoula, asinan, tzatzíki, sauce duck, sauce tare, aemono, xató, nam chim, kimizu, sauce aux prunes, bumbu… et chaque type de vinaigre répond à une association culinaire spécifique selon sa typologie organoleptique.

Utilisation du vinaigre ménager

Le vinaigre ménager, est connu sous le terme de vinaigre blanc, ou vinaigre cristal ou vinaigre d’alcool, deux tiers des Français ont acheté du vinaigre blanc en 2016 et, en France, les ventes de vinaigre blanc concernent 38 000 tonnes de produit et représentent un chiffre d’affaires de 27 millions d’euros en 2015, selon l’institut IRI.

D’après le Règlement européen, le vinaigre peut être utilisé comme dans la protection phytosanitaire, lorsqu’il est mélangé à de l’eau et qu’il contient moins de 10 % d’acide, c’est-à-dire qu’il peut être utilisé comme produit de base pour traiter des semences ou des légumes, contrairement à une idée très répandue, le vinaigre ne nettoie absolument pas car il ne contient aucun tensio-actif, en d’autres termes, il n’est pas capable d’améliorer le mélange graisse/eau, comme le fait le savon, par ailleurs, l’alcool contenu dans le vinaigre étant présent sous forme de traces, il ne peut pas non plus dégraisser, un sol nettoyé régulièrement au vinaigre devient vite terne et exprime toute sa saleté dès qu’on le nettoie avec un détergent classique et il faudra plusieurs nettoyages pour en venir à bout, en d’autres termes, il ne nettoie pas plus que l’eau mais en revanche, de par son acidité, le vinaigre est un excellent détartrant, à exclure cependant pour les pierres calcaires ( joints de salle de bain, évier en pierre, dalles en pierre…) car l’acide dissout le calcaire et convient également pour éviter les traces de calcaires laissées par l’eau de rinçage.

Spécificités et marchés locaux

Pour ce qui concerne l’alimentaire, les marchés ne sont pas les mêmes sur tous les continents, le marché européen est celui où se trouvent des vinaigres traditionnels appréciés, l’Amérique du Nord est le deuxième marché après l’Europe, avec un commerce total combiné de 147,5 millions de dollars canadiens en 2009, en Asie et dans la région Pacifique, le vinaigre de riz est apprécié depuis quelque temps, le Japon produit du vinaigre Moromi et est le plus grand marché d’Asie, avec 26,2 millions de dollars canadiens en 2009, l’Amérique latine utilise des vinaigres infusés d’herbes et aromatisés aux fruits le Brésil en importe et exporte au total 3,5 millions de dollars canadiens en 2009 et au Moyen-Orient et en Afrique, les vinaigres de bleuet et de datte sont appréciés au Moyen-Orient.